
Marcos croqué par lui-même devant la délégation française (Xochimilco, Mexique, 10 mars 2001)
Je n’ai pas pu tweeter vers une page web contenant un entretien entre le leader zapatiste et Manuel-Vasquez Montalban à caractère soi-disant dangereux (sic!) alors, comme on me refuse l’entrée officielle je passe par la porte du jardin, n’en déplaise. On va voir si ma page est refusée elle aussi.
En attendant les résultats du premier tour des élections présidentielles en France, je m’intéresse au Mexique, à cette nation séculaire, trésor de l’humanité, soumise depuis des décennies à des régimes dévoués corps et âmes, contre espèces sonnantes et trébuchantes, au néolibéralisme le plus débridé, le plus fou, le plus stupide, le plus cruel et le plus roublard qui soit. Tout cela semble pouvoir aller ensemble jusqu’à une abjection indicible.
Je me demande depuis que je suis engagé dans cette campagne électorale avec le Front de Gauche sur quoi tout cela peut déboucher, comment, au delà des deux élections, le peuple de gauche va pouvoir s’organiser pour mener cette révolution citoyenne qu’il a commencé avec les urnes, quel que soit le résultat du vote d’ailleurs. Je comprend en lisant cet article pourquoi je suis attiré par cette affaire zapatiste, c’est que ce mouvement s’appuie non sur des appareils de partis ou sur des structures étatiques mais sur le tissus social lui-même, sur la société civile. Il me semble que c’est cela qui fait non seulement son originalité mais son efficacité et surtout sa force d’éducation du peuple. La révolution considérée comme une initiative d’éducation populaire.
Je me suis interrogé beaucoup, comme d’autres d’ailleurs, sur l’avenir d’un groupe social tel que le Front de Gauche au-delà des élections. L’avenir des partis qui le constituent. Beaucoup dans le Front de Gauche redoutent la fusion des partis dans un nouveau parti qui serait le Front de Gauche comme il redoute son éclatement sous la pression identitaire des partis et groupes qui le composent. Le Front de Gauche n’a pas vocation à devenir un parti politique, je ne le crois pas, tout comme l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) n’a pas vocation à devenir un parti politique. Le Front de Gauche est pour moi aujourd’hui une force d’organisation de la société civile contre l’offensive néolibérale. Comme l’a aussi écrit le sous-commandant Marcos dans un article récent dans le Monde Diplomatique (extrait en accès libre sur le net) le monde est entré dans la 4ème guerre mondiale, celle des peuples contre le néolibéralisme. Sans doute la dernière phase d’organisation de l’humanité qui se soldera soit par la disparition de l’espèce humaine soit par son érection en tant que gardienne du monde et peut-être même de cette partie de l’espace infini dans laquelle nous vivons.
Notons comment les composantes du Front de Gauche ont du nécessairement évoluer pour que cet ensemble puisse vivre et trouver comment s’adresser aux français. Le PCF que je connais assez bien a du opérer une des plus importante mutation de son histoire et pourtant je met ma main au feu qu’il n’y a pas laissé son identité, sans doute au contraire cette identité s’est-elle renforcée du fait de cette confrontation fraternelle. Qu’une femme, Marie-Georges Buffet, une féministe, soit aujourd’hui la secrétaire nationale d’une organisation aux traditions aussi patriarcales est un révélateur de cette mutation profonde à laquelle l’émergence du Front de Gauche n’est probablement pas étrangère.
En cela il ne me semble pas absurde de postuler que le Front de Gauche est une préforme de l’organisation sociale à venir, une sorte de matrice dont les Assemblées Citoyennes me paraissent une des manifestations les plus intéressantes. A des structures sociales dépassées, complètement ravagées par l’empreinte des oligarchies au pouvoir se substitue une forme d’organisation engendrée par le peuple et pour le peuple. Pas mal de sociologues et de philosophes de la lignée deleuzienne notamment ou delezo-marxiste si ça existe, avaient anticipé un mouvement de cette sorte sans vraiment pouvoir le décrire précisément mais ce fait m’avait frappé et j’ai longtemps cherché moi-même à identifier ce mouvement que j’ai cru trouver en dernier ressort chez les Indignés. Pourquoi pas ? Sauf qu’il n’y a pas chez les indignés un moteur que l’on retrouve au FdG et aussi chez les zapatistes, l’histoire du mouvement.
N’avez-vous pas ressenti la force énorme injectée dans le mouvement impulsé par le Front de Gauche par le rappel à nos fondamentaux historiques. Nous sommes la Révolution. D’autres peuples sur Terre utilisent les mots de notre révolution pour entreprendre la leur. C’est dire aussi en passant la puissance (et je pèse le mot !) de l’évocation par J.L. Mélenchon de cette nation universaliste qu’est la France. Ça n’est pas se prendre pour les leaders du monde, c’est reconnaître la valeur hautement symbolique, pour tous les peuples de la planète, de cette première insurrection civique qui a eu lieu sur notre territoire, dans cette partie du monde. En même temps que naissait le capitalisme moderne naissait aussi son antidote. Le monde a les yeux rivé sur ce qui va se passer chez nous, c’est notre lot!
Je ne suis pas zapatiste, je ne connais d’ailleurs pas assez cette histoire-là pour m’en revendiquer en quoi que ce soit mais ce que j’en ai lu ne laisse pas de m’étonner par la similitude des situations non pas sur un plan factuel, micro-politique, mais sur un plan global. Voilà un pays, le Mexique, dans lequel, un peu comme en Grèce d’ailleurs, le néolibéralisme pousse sa folie dans ses extrémités les plus terrifiantes. Toutes les pires avanies y semblent possibles. Les hommes et la terre de ce pays en font les frais, c’est une véritable dévastation qui s’y déroule en ce moment sous le prétexte d’une guerre contre les narco-trafiquants. A qui profite le crime, devinez ?
Aux Etats-Unis d’Amérique.